Le français par l'image

La Comtesse de Ségur : 20 millions de lecteurs

Le français par l'image : des vidéos qui vous font voyager dans l'histoire politique et culturelle de la France.

L'autrice pour enfants la plus connue en France

Elle était déjà grand-mère quand elle a rencontré le succès littéraire. Pendant plus d'un siècle, elle a été l'autrice pour la jeunesse la plus lue en France. Pourtant, son oeuvre pose bien des questions. Qui était la Comtesse de Ségur ? Et peut-on encore la lire aujourd'hui ? 

PEUT-ON ENCORE LIRE LA COMTESSE DE SÉGUR AUJOURD'HUI ?

Dans cette vidéo, vous allez faire connaissance avec l'auteur pour enfant le plus lu en France pendant un siècle et demi. Et vous allez voyager dans le temps à travers les illustrations qui ornent1 les premières éditions de ses romans.  Nous évoquerons2 la vie de la Comtesse, son œuvre mais aussi les questions que celle-ci pose aujourd'hui.

Des livres pour enfants vendus dans les gares

Son premier roman, les malheurs de Sophie, paraît en 1858. À cette époque, les chemins de fer3 sont en plein développement. Le moment est donc propice4 pour la littérature pour enfants. Car, pendant les voyages, les passagers s'ennuient5 ! C'est pourquoi l'éditeur Hachette a l'idée d'une collection de livres pour les voyageurs, qui sera vendue dans les gares. Et c'est ainsi que naît « La bibliothèque rose », une collection destinée aux enfants. Elle existe encore aujourd'hui. 

Aussitôt, la comtesse de Ségur en devient l'autrice phare6. En 10 ans, elle publie une vingtaine de romans. Quel est le secret d'un tel succès ? C'est peut-être que la comtesse voit le monde à travers les yeux de ses petits lecteurs et de ses petites lectrices. Ses histoires, dont les héros sont toujours de jeunes enfants, sont entrecoupées7 de beaucoup de petits dialogues très naturels.

Une enfance difficile et un mariage malheureux

Mais qui est-elle, au juste, la célèbre comtesse de Ségur ? Sachez qu'elle est née en Russie, à Saint-Pétersbourg, en 1799. Sophie, c'est le prénom de la comtesse, passe son enfance dans le vaste domaine8 de Voronovo qui appartient à son père, Fiodor Rostopchine, un proche du tsar. Selon une légende, c'est lui qui aurait organisé l'incendie de Moscou en 1812 pour empêcher l'avancée des troupes de Napoléon. Sans rancune envers la France c'est à Paris, que la famille Rostopchine s'installe pourtant quand Fiodor connaît une disgrâce9 auprès du tsar. Là, Sophie fréquente l'aristocratie et se marie avec le séduisant comte de Ségur. Elle aura huit enfants et un mari infidèle10. Un mariage qui n'est donc pas très heureux. Dans une lettre à sa fille, Olga, elle écrit « À bas les maris. Je suis sûre que seul, un petit dixième arrive dans le paradis. Je parle des hommes. Les coquins ! Ils méritent bien leur sort. » On sait qu'elle est souvent malade, souffre de migraines et par moment d'aphasie (troubles de la parole). En 1820, la comtesse acquiert un domaine en Normandie qui lui rappelle Voronovo. Désormais, elle y passera tous ses étés, loin de Paris. Et le château deviendra le décor de beaucoup des romans de la Comtesse. Ele est déjà grand-mère quand elle devient écrivaine presque par hasard.

Les romans

Parmi ses romans les plus connus : « Les vacances » : Cousins et cousines se retrouvent l'été et vivent ensemble toutes sortes d'aventures ! « Un bon petit diable » se déroule en Ecosse et raconte la vie d'un petit orphelin confié à une redoutable avare11, la mère Mac-Miche. La Comtesse laisse libre cours12 à son imagination, qui est grande ! L'excentrique Général Dourakine, un personnage colérique mais au grand cœur emmène ses amis français en voyage dans sa patrie, la Russie. On voyage chez les tsars. "Les deux nigauds" : deux petits provinciaux13 s'ennuient à la campagne et parviennent à convaincre leurs parents de les envoyer à Paris. Mais la capitale leur réserve quelques mauvaises surprises ! Décidément, la Comtesse n'aime pas beaucoup Paris.

Son chef d'oeuvre incontesté14 reste cependant « Les malheurs de Sophie ». La petite héroïne est pleine de vie et d'imagination. Mais elle veut tout expérimenter par elle-même, provoquant petits et grands malheurs. Pauvre petite Sophie ! Elle est punie15 à chaque fin de chapitre. Mais bien sûr, tous les enfants aiment Sophie parce qu'ils se reconnaissent en elle.

Une vision conservatrice 

Le lecteur ou la lectrice d'aujourd'hui aura bien quelques critiques à adresser à la comtesse. On peut lui reprocher sa vision profondément conservatrice16 de la société. Quant aux inégalités de conditions, la Comtesse n'y est pas indifférente. D'ailleurs, ses petits héros ne sont pas toujours des aristocrates. Mais globalement, dans le monde de la Comtesse, chacun doit rester dans sa classe sociale ! Les pauvres travaillent, les riches ordonnent et tout est bien ainsi. Cependant, c'est surtout la sévérité17 des pratiques éducatives décrites qui sont aujourd'hui choquantes. Privations18, enfermement19 des enfants « désobéissants » 20, châtiments corporels !

La comtesse approuve-t-elle les méthodes d'éducation qu'elle décrit ? On ne le sait pas vraiment ! On sait par contre qu'à travers « Les malheurs de Sophie », c'est sa propre enfance en Russie qu'elle raconte !  En effet, sa mère, Catherine Rostopchine, catholique fanatique, élève ses enfants avec la plus grande sévérité. Certains spécialistes n'hésitent pas à parler de maltraitance.  Dans la Russie si froide l'hiver, Sophie et ses frères et sœurs sont insuffisamment21 habillés, trop peu nourris22 et probablement battus23 . Mais avec ses enfants et ses petits-enfants, la comtesse est tendre et aimante. Elle préfère le dialogue aux punitions et la bienveillance24 à la sévérité. Quant aux25 institutions pour enfants, là, pas de mystère, elle les déteste26 ! Ses descriptions de pensionnat27 n'ont rien à envier 28aux romans de Charles Dickens. Dans ces établissements, les enfants sont le plus souvent soumis à une discipline29 absurde ! Pour la Comtesse, on y apprend surtout la méchanceté...et la brutalité30.

La Comtesse de Ségur aujourd'hui

Lit-on encore la comtesse de Ségur aujourd'hui ? La réponse est oui. Ses romans paraissent même en BD31. Aux petits lecteurs d'aujourd'hui, il est donc essentiel de rappeler que les châtiments (= punitions) corporels et les traitements humiliants sont maintenant interdits par la loi. Quoiqu'il en soit32, et malgré les critiques légitimes que l'on peut lui adresser, il serait dommage33 de ne plus lire la comtesse. Car ses romans sont une page d'histoire vivante. C'est toute la vie quotidienne sous le Second Empire qui est racontée par une contemporaine34 . Les relations sociales, les mentalités35 ...les habitudes, les lieux de vie sont documentés avec précision. Pour le grand cinéaste Jean Renoir, la comtesse de Ségur, c'est le Balzac36 des enfants. « Elle a composé la Comédie enfantine en vingt volumes, qui sont tous des chefs d'oeuvres ». Il y aurait encore beaucoup à dire sur la Comtesse ou sur les illustrateurs qui ont contribué au succès de ses romans. Mais « tout a une fin ». Dans les romans de la Comtesse, cette fin est toujours heureuse. Nous espérons donc que cette vidéo vous a plu ! Vous pouvez retrouver dans les liens le texte de la vidéo en PDF. N'oubliez pas de liker et de vous abonner à la chaîne « Le Français par l'image ». Cela nous aide beaucoup ! Un grand merci !

Vocabulaire expliqué

1) Orner : décorer, embellir quelque chose. Des illustrations anciennes ornent les pages du livre./ to decorate / to adorn

2) Évoquer : parler de quelque chose, le mentionner. Le film évoque la vie au XIXe siècle. / to mention / to evoke / to refer to

3) Les chemins de fer  : réseau de trains et de voies ferrées. Au XIXe siècle, les chemins de fer se développent rapidement en Europe. railways / railway network

4) Propice : favorable à quelque chose. Le calme de la campagne est propice à l’écriture. / favorable / suitable / conducive

5) S'ennuient : ne pas savoir quoi faire, trouver le temps long. Les enfants s’ennuient pendant le voyage. / to be bored

6) Une autrice phare : autrice la plus importante ou la plus représentative d’un groupe. Elle est l’autrice phare de cette collection. / leading author / flagship author 

7) Entrecoupées : interrompre régulièrement quelque chose par autre chose. Le récit est entrecoupé de dialogues. / to intersperse / to break up

8 Un vaste domaine : une très grande propriété (souvent à la campagne). Ils vivent dans un vaste domaine en Normandie. / large estate

9) Une Disgrâce : perte de la confiance ou de la faveur d'une personne puissante. Après cette erreur, il est tombé en disgrâce auprès du roi. / disgrace / loss of favour

10) Un mari infidèle : qui ne respecte pas la fidélité dans un couple. Son mari était infidèle. / unfaithful 

11) Un/une avare : personne qui ne veut pas dépenser son argent, même quand c'est nécessaire. Cet homme est avare : il refuse toujours de payer. / miser / stingy person

12) Laisser libre cours à son imagination : utiliser son imagination sans limites. L’écrivain laisse libre cours à son imagination. / to let one’s imagination run free

13) Deux provinciaux : personnes qui vivent en province, c'est-à-dire en dehors de la capitale. Les deux provinciaux découvrent Paris pour la première fois. / People from the provinces / provincials. Remarque : en France, le mot province désigne traditionnellement tout le territoire en dehors de Paris.

14) Incontesté : reconnu par tout le monde, sans discussion ni opposition. Ce roman est son chefd'œuvre incontesté. / undisputed / unquestioned.

15)  Puni/punie : recevoir une punition après avoir fait quelque chose considéré comme une faute. Sophie est souvent punie à cause de ses bêtises. / punished.

16) Conservatrice/conservateur : attaché aux traditions, aux valeurs anciennes. Elle a une vision conservatrice de la société. / conservative.

17) La sévérité : attitude très stricte, parfois dure, dans l'application des règles ou des punitions. La sévérité de l'éducation au XIXe siècle ne fait pas de doute. / severity / strictness.

18) Une privation : manquer, le plus souvent involontairement, de quelque chose. Les enfants subissaient des privations. / deprivation.

19) Un enfermement : mettre quelqu’un dans un lieu fermé, sans liberté. L’enfermement des enfants est aujourd’hui interdit. / confinement / locking up.

20) Désobéissant : qui ne respecte pas les règles ou les ordres. Un enfant désobéissant est puni. / disobedient.

21) Insuffisamment : pas assez. Les enfants étaient insuffisamment habillés. / insufficiently / not enough.

22) Trop peu nourris : qui ne reçoivent pas assez de nourriture, n'ont pas assez à manger. Ils étaient trop peu nourris pendant l’hiver. / undernourished / not fed enough.

23) battus : frappés physiquement. Les enfants étaient parfois battus autrefois / beaten..

24) La bienveillance : attitude gentille, attentive et positive envers les autres. Les enfants ont besoin de bienveillance. / kindness / benevolence.

25) Quant aux, quant à : en ce qui concerne. Quant à Paris, elle ne l’aimait pas. / as for.

26) Déteste : ne pas aimer du tout, avoir en horreur. Elle détestait les pensionnats. / to hate. 

27) Le pensionnat : école où les élèves vivent sur place. Elle a été envoyée en pensionnat. / boarding school.

28) N'ont rien à envier à : être aussi bon que, ne pas être inférieur à. Ces descriptions n’ont rien à / are just as good as / are no worse than.

29) Soumis à une discipline : obligé de respecter des règles strictes. Les élèves étaient soumis à une discipline très stricte. / subjected to discipline / under strict discipline.

30) La brutalité : usage de la violence physique ou comportement très violent et agressif. La brutalité de certaines punitions choque les lecteurs d'aujourd'hui. / brutality / violence.

31) La BD (bande dessinée) : histoire racontée en images et en bulles. Les romans de la Comtesse sont adaptés en BD. / comic / comic book.

32) Quoiqu'il en soit : dans tous les cas, peu importe la situation. Quoi qu’il en soit, elle a continué à écrire. / in any case / anyway.

33) Il serait dommage de : ce serait regrettable, ce serait une perte. Il serait dommage de ne plus lire cet auteur. / it would be a shame.

34) Contemporain/e : personne vivant à la même époque que les événements décrits. Elle est une contemporaine de Napoléon III. / contemporary.

35) La mentalité : façons de penser d’une époque ou d’un groupe social. Les mentalités ont beaucoup changé depuis le XIXe siècle. / mindsets / ways of thinking. 

36) Balzac (Honoré de) : célèbre écrivain du XIXe siècle qui a écrit « La comédie humaine ». Il s'agit de 90 volumes qui décrivent la société de l'époque. 

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